Poésie du minuscule

Géographe au regard d'enfant, dans le "grand laboratoire de la nature",
Elisée regarde se former un "ruisselet ".

"Dans les rêves d'homme éveillé, je me fais tout petit, haut de quelques pouces à peine, comme le gnome des légendes, et sautant de pierre en pierre, m'insinuant au-dessous des protubérances de la voûte, je dépasse tous les confluents des ruisselets en miniature, je remonte les imperceptibles filets d'eau, jusqu'à ce que, devenu moi-même un simple atome, j'arrive enfin à l'endroit où la première gouttelette suinte à travers le rocher. "

(V. Le Gouffre).


Ruisseau descendant de la mer morte.

Et ce gnome des légendes voit s'élever " de petites colonnes de pierre " ; colle son oreille contre terre "pour enterrer la plainte des brins d'herbe froissés ", aime émailler ses descriptions de diminutifs charmants :
" ruisselet, vaguelette, gouttelette, perlette " sans oublier ses chères "cascatelles ".
Le voici qui semble jouer à cache-cache avec un filet d'eau :

" De la vasque de la source s'épanche un petit filet d'eau qui çà et là disparaît dans une rainure du sol entre les touffes de gazon ; il se montre et se cache tour à tour : on dirait une série de fontaines superposées. A chaque nouvel élan, le ruisselet prend une autre physionomie ; il se heurtent sur une saillie de rocher et rebondit en paraboles de perles : il s'égare entre les pierres, puis s'étale dans un petit bassin sablonneux ; ensuite, il s'élance en cascatelle et baigne les herbes de ses gouttes éparses ".

Ou s'arrête, émerveillé, devant une patineuse :

" Penché sur cette eau qui scintille au soleil, je cherche à pénétrer du regard l'ombre d'où elle jaillit, et j'envie la petite araignée d'eau qui s'élance en patinant et va fureter dans le creux du rocher. "